Les gagnants des Laval Virtual Awards
Crédits photos : © Laval Virtual / Prisma
Jeudi 9 avril 2026, à l’Espace Mayenne, la communauté XR s’est réunie pour la 28e cérémonie des Laval Virtual Awards. Le verdict d’un jury international de 70 experts sur 300 candidatures venues de 30 pays (un record en hausse de 15 %) dresse un panorama saisissant d’une filière XR qui mûrit, se diversifie et, malgré la concurrence de l’IA, n’a pas fini de surprendre.
La soirée était animée par Naomi Roth, conférencière internationale spécialisée en IA et technologies émergentes, pionnière de la “VR for Good” en Europe et ancienne journaliste. Elle a conduit les interviews des lauréats sur scène, mêlant questions techniques et enjeux sociétaux.
Depuis 1999, Laval Virtual est le rendez-vous mondial de la réalité virtuelle et augmentée. Trois jours par an dans la capitale de la Mayenne, chercheurs, startups, industriels et artistes convergent pour tester, débattre et récompenser ce qui se fait de mieux, et de plus audacieux, dans l’écosystème XR. La cérémonie des Awards en est le temps fort : dix trophées décernés sur scène, chacun révélant une facette différente d’une technologie qui refuse de rester dans sa case.
Cette édition 2026 n’a pas fait exception. Le directeur de Laval Virtual, Alexandre Bouchet, l’a résumé en ouverture : la convergence IA-XR, la légitimation institutionnelle de la filière et l’émergence des smart glasses constituent les trois grandes lames de fond qui reconfigurent le secteur. Sur ce dernier point, il se montre plutôt optimiste : après des décennies de promesses non tenues sur l’adoption grand public des casques, l’essor des lunettes connectées dopées à l’IA pourrait bien changer la donne.
Les pépites XR de la nouvelle génération
#StartUps : PolyFlyx
Sponsorisée par EDF
Le prix Startup revient à PolyFlyx, une jeune pousse qui a convaincu le jury avec une approche originale du maintien des compétences industrielles. Sa solution permet à des opérateurs expérimentés, parfois proches de la retraite, de « déléguer » les tâches physiquement éprouvantes à un robot, tout en conservant la main sur la décision. L’intelligence reste humaine, l’exécution devient mécanique. Un modèle hybride qui capitalise le savoir-faire avant qu’il ne disparaisse avec les départs en retraite.
#ReVolution : WAVY (CEA List)
Prix SIGGRAPH, invitation à exposer à Los Angeles en juillet
La recherche était au rendez-vous avec WAVY, développé par le CEA List, qui remporte le trophée de la compétition réservée aux laboratoires. Ce dispositif haptique portable, pensé initialement avec un artiste souhaitant explorer le lien avec un avatar, permet de restituer différents types de retours tactiles en réalité virtuelle. Des gants aux jambes en passant par le torse, le corps entier devient une interface. Les applications vont de l’expérience artistique à la simulation chirurgicale maxillo-faciale. L’équipe embarque pour le SIGGRAPH à Los Angeles.
#Experiences : Mirage
Le trophée de la meilleure création immersive revient à Mirage, une œuvre VR sur la dépression et l’anxiété, construite en famille (avec sa mère et sa sœur) par une réalisatrice qui a voulu mettre des mots là où ils manquent souvent. Dotée d’un gilet haptique, l’expérience place le spectateur dans la peau d’un proche qui ne sait pas comment aider, puis dans celle de la personne qui souffre. « Les parents ont réalisé que leurs mots avaient beaucoup de pouvoir », confie la créatrice sur scène. Mirage continue sa tournée des festivals, avec l’ambition de toucher écoles, conseillers et enseignants.
#Students : Ultimate Recycling Super Simulator
Invitation à l’IVRC au Japon en septembre
Vingt projets étudiants, huit nationalités, et un gagnant qui a fabriqué son propre dispositif en deux semaines. Ultimate Recycling Super Simulator, lauréat étudiant signé Arts et Métiers de Laval, est le fruit d’une équipe de sept étudiants qui a imaginé une expérience à la fois inquiétante, drôle et déconcertante, dans une esthétique « scientifique russe et un peu folle ». Le jury a salué un dispositif physique léger, agréable au toucher, intégrant le contrôleur Quest en interne, et une finition bien au-delà de ce que la vidéo de candidature laissait entrevoir.
Les catégories générales : l’XR au service du réel
XR Devices & Interactions : KineThreads (Future Interface Group / Carnegie Mellon)
Le prix du meilleur dispositif matériel va à KineThreads, une veste haptique à retour de force développée par un chercheur de Carnegie Mellon. Des moteurs à la taille et au dos alimentent via des poulies l’ensemble des extrémités (mains, pieds, tête) pour restituer des sensations cinesthésiques sur tout le corps. Là où les exosquelettes rigides coûtent plusieurs milliers de dollars et s’avèrent encombrants, KineThreads pèse moins de 5 kg, s’enfile en moins de 30 secondes et revient à environ 400$. Le système est open source, disponible sur GitHub. « Seul, je ne trouverai jamais la meilleure solution », explique le professeur, qui raconte avoir acheté vingt bobines de fils différents pour trouver le bon câble pour ses poulies, avant de retenir un nylon tressé de pêche résistant à 80 livres.
Developer & Authoring Tools : 2Sync SDK (2Sync GmbH)
La réalité mixte demande encore trop de travail manuel pour transformer un espace physique en décor virtuel. C’est le problème que résout 2Sync SDK : scanner une pièce, analyser l’espace, puis générer automatiquement une expérience qui s’adapte à n’importe quelle configuration de salle, comme une « seconde peau sur la réalité ». Le fondateur Moritz Loos, dans l’impossibilité de faire le déplacement, a reçu son prix en vidéo, non sans émotion : nominé plusieurs fois, c’était sa première victoire.
XR for a Cause : Into the Manhole (IDC School of Design, IIT Bombay)
Prix le plus fort en charge émotionnelle de la soirée. Into the Manhole plonge le spectateur dans les égouts de l’Inde, aux côtés des éboueurs de basse caste qui y risquent leur vie quotidiennement, sans équipement de protection ni recours. Douze minutes en réalité virtuelle dans un espace cloisonné, oppressant, pour ressentir ce que des millions de personnes vivent en Inde, au Pakistan et au Bangladesh. L’objectif de l’équipe : rendre l’expérience accessible gratuitement, notamment aux décideurs politiques. « C’est une chose visible qui reste invisible », résume le réalisateur.
Enterprise & Productivity : JANUS (Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale)
La Gendarmerie nationale monte sur scène avec JANUS, un jumeau numérique de scène de crime. Né à l’initiative d’un major de gendarmerie, développé entièrement en interne par quatre ingénieurs en deux ans, le logiciel transforme des données 3D collectées par scanner laser, photogrammétrie, LiDAR et GNSS en environnements navigables : en casque VR, sur tablette ou sur smartphone. Jurés, magistrats, avocats, mais aussi mis en cause dont la mémoire traumatique a besoin d’être ravivée, peuvent désormais tous entrer dans la scène. Intégré depuis septembre 2025 à l’Unité Nationale de Police Judiciaire, JANUS est une solution 100 % souveraine, dont le présentateur, un enfant de Laval, n’a pas caché l’émotion de recevoir le prix là où, gamin, il visitait le salon avec des yeux émerveillés.
Education & Training : AquaWave Ensemble (LumiSound XRLab, NTHU, Taïwan)
Venu de Taïwan, AquaWave Ensemble réinvente l’initiation musicale pour les enfants et les adultes. Dans ce dispositif de réalité mixte à l’esthétique océanique, les élèves conçoivent d’abord leurs propres instruments en 3D à l’aide d’outils d’IA, puis les importent dans l’environnement partagé pour les jouer en temps réel, en gestes, aux côtés de leurs camarades. Un élève en casque VR pilote l’espace, les autres participent via tablette, et la vue du premier est projetée pour toute la classe. Aucune connaissance théorique requise, aucune fausse note possible. Le projet trouve ses racines dans des recherches menées il y a dix ans avec des enfants autistes, et a depuis été déployé de l’école primaire à l’université. « Nous voulions leur donner un sentiment d’émerveillement », résume le porteur du projet.
Consumer Experience & Entertainment : La Magie de l’Opéra (Backlight Studio)
Le dernier trophée de la soirée, et peut-être le plus flamboyant, revient à La Magie de l’Opéra, une expérience multi-utilisateurs de 25 minutes développée en partenariat avec l’Opéra National de Paris et Vive Arts. Le spectateur n’est pas simple observateur : il incarne un choriste sur le point de jouer dans le nouveau spectacle du Palais Garnier, le soir où Céleste, jeune soprano prometteuse fraîchement montée à Paris, décide de fuir avant d’entrer en scène. On la suit dans les coulisses et à travers des univers oniriques inspirés de Rusalka, Tosca et Carmen, les personnages prenant vie par motion capture avec les voix de véritables chanteurs. Produit en quatre mois, le projet a tenu l’affiche au Palais Garnier avant d’entamer une tournée dans des théâtres nationaux.
L’XR s’ancre dans des usages concrets et socialement utiles : justice, formation, inclusion, santé mentale. Elle se démocratise côté outils, avec des SDK qui réduisent la friction du développement. Et elle continue d’explorer des territoires émotionnels que peu de médias savent atteindre : la dépression d’une proche, la vie dans un égout, l’émerveillement d’un enfant devant un instrument.
« Tout ce qui porte une vraie empreinte humaine sera valorisé davantage, pas moins », a rappelé Naomi Roth, la maîtresse de cérémonie, en clôture. Dans un secteur où l’IA générative abaisse le coût de production à grande vitesse, c’est peut-être le meilleur atout que conserve la filière XR : l’intention, l’empathie, la cause. Rendez-vous du 7 au 9 avril 2027 pour la 29e édition.


