Crédits photos : © Prisma Laval Virtual
Lauréat de la catégorie Enterprise & Productivity aux Laval Virtual Awards 2026, le logiciel JANUS, développé par l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale, a remporté le prix décerné le 9 avril à l’Espace Mayenne. Organisé depuis 28 ans à Laval, le plus grand salon européen de réalité virtuelle et augmentée récompense chaque année les projets XR les plus prometteurs dans une dizaine de catégories. La catégorie Enterprise & Productivity distingue les applications XR qui transforment concrètement le travail des organisations.
Les scènes de crime et d’accident sont aujourd’hui relevées avec une précision technique remarquable : scanner laser, photogrammétrie terrestre ou aérienne, capteurs LiDAR, systèmes GNSS. Le problème n’est plus la qualité de la capture, mais son exploitation. Ces outils génèrent des volumes massifs de données hétérogènes, difficiles à interpréter pour des magistrats, des avocats ou des jurés qui n’ont, par définition, pas accès physiquement aux lieux.
Du scanner laser au jumeau numérique
C’est ce constat qui a donné naissance à JANUS, projet né il y a deux ans à l’initiative d’un major de gendarmerie, et développé intégralement en interne par une équipe de quatre ingénieurs au sein de l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN). Sur scène, le projet a été présenté en français par son responsable, qui a tenu à saluer la reconnaissance que représente ce prix pour les forces techniques de la gendarmerie. « Notre institut est là pour apporter de la preuve scientifique à des faits criminels. Le projet est parti d’un besoin de terrain : transformer la donnée numérisée en un jumeau numérique interactif. »
Le logiciel centralise, dans un référentiel spatial unique, l’ensemble des données issues d’une scène (captures, analyses, indices, documents), réduisant la fragmentation de l’information. Le même environnement peut être consulté sur ordinateur, tablette, smartphone, ou exploré en immersion via un casque de réalité virtuelle, selon les besoins de chaque utilisateur.
L’enjeu n’est pas seulement technique. « Une scène de crime, c’est visible. Les personnes qui jugent d’un fait criminel sont tirées au sort, c’est le juré populaire. Il y a besoin de visualiser la scène pour bien comprendre ce qui s’est passé », explique le responsable du projet. JANUS permet ainsi de rapprocher les jurés et les magistrats du lieu des faits, sans déplacement physique, dans un souci de précision judiciaire.
Raviver une mémoire traumatique pour faire émerger la vérité
Au-delà des magistrats, avocats et jurés, l’outil sert aussi dans le cadre de reconstitutions judiciaires impliquant les mis en cause eux-mêmes. Certains, marqués par un événement traumatisant, ne parviennent plus à expliquer clairement ce qui s’est passé. Replacés dans l’environnement 3D reconstitué, ils peuvent parfois retrouver des souvenirs enfouis et les restituer à la cour. Des fonctionnalités avancées, comme le camera-matching, permettent en outre d’intégrer des flux vidéo directement dans l’environnement 3D, facilitant la confrontation d’hypothèses et la reconstitution chronologique des événements.
JANUS répond aussi à des contraintes très concrètes : impossibilité de reconstitutions judiciaires physiques dans certains cas, enjeux de sécurité, coordination de nombreux acteurs, délais judiciaires serrés. La solution permet de travailler à distance, de limiter les déplacements et d’optimiser les ressources, tout en sécurisant les échanges.
Développé à 100 % en interne par l’équipe de l’IRCGN, sans recours à des prestataires extérieurs pour le code, JANUS est revendiqué comme une solution pleinement souveraine. Intégré depuis le 1er septembre 2025 à l’Unité Nationale de Police Judiciaire de la Gendarmerie Nationale, le projet a également une dimension personnelle pour son porteur, qui a grandi à Laval et visitait le salon enfant, avant de revenir aujourd’hui sur la même scène recevoir un prix. Laval, générateur de talents XR !


