Plongez au cœur de la 28e édition du salon, du 8 au 10 avril 2026

Laval VirtualAwards

Into the Manhole : dans les égouts pour rendre visible l’invisible

Crédits photos : © Into the Manhole

Lauréate de la catégorie XR for a Cause aux Laval Virtual Awards 2026, l’œuvre Into the Manhole, développée par l’IMXD Lab de l’IDC School of Design à l’IIT Bombay, a remporté le prix décerné le 9 avril à l’Espace Mayenne. Organisé depuis 28 ans à Laval, le plus grand salon européen de réalité virtuelle et augmentée récompense chaque année les projets XR les plus prometteurs dans une dizaine de catégories. La catégorie XR for a Cause distingue les projets qui mettent la réalité immersive au service de causes sociales, environnementales ou humanitaires.

Amitabh est diplômé en droit, sans emploi. Pour faire vivre sa famille, il se résout au curage manuel des égouts, l’un des métiers les plus dangereux et les plus stigmatisés d’Inde. Un jour, il descend dans un égout dangereux sans équipement de protection ni encadrement de sécurité. Survivra-t-il ? C’est l’histoire que raconte Into the Manhole, expérience 6DOF qui plonge le spectateur dans une fiction librement inspirée d’une réalité bien documentée.

Le réalisateur, Jayesh Pillai, responsable de l’IMXD Lab, explique le choix du médium : « C’est un problème très grave qui existe encore en Inde. Tout le monde voit que les égouts sont nettoyés partout, mais personne n’en parle. C’est une chose visible qui reste invisible. Nous avons pensé : pourquoi ne pas faire vivre aux gens ce que ces hommes traversent, dans une expérience immersive ? » L’histoire est fictive mais ancrée dans une recherche documentaire rigoureuse, restitue la sensation de descente dans le boyau, le danger, la claustrophobie.

Un système de caste toujours actif au 21e siècle

L’expérience prend racine dans une réalité sociale précise : le système de castes, qui assigne historiquement les tâches les plus dégradantes, dont le nettoyage des égouts, aux populations situées au bas de la hiérarchie sociale. Une pratique pourtant interdite par la loi indienne, mais qui persiste, notamment en Inde, au Pakistan et au Bangladesh. « Les gens pensent que le nettoyage n’est pas leur travail, mais que c’est le travail de ces personnes-là. Elles sont mises à l’écart, elles n’ont pas accès à d’autres emplois », précise Jayesh Pillai.

Une scène de l’expérience montre un témoin filmant la détresse des personnages avec son téléphone, sans qu’aucune aide ne soit apportée. Un moment que le réalisateur qualifie de particulièrement bouleversant à vivre en immersion, et qui résume l’ambition du projet : ne pas se contenter de l’émotion, mais provoquer une réflexion et une discussion sur un sujet largement traité par le documentaire et le cinéma, mais rarement vécu à la première personne.

Vers une diffusion gratuite, à destination des décideurs

L’équipe poursuit aujourd’hui sa présence dans les festivals et événements internationaux, dont Laval Virtual. Mais l’ambition dépasse le circuit habituel des œuvres immersives : rendre l’expérience accessible gratuitement en Inde, en visant, en particulier, les décideurs politiques, dont la sensibilisation pourrait peser sur l’évolution de la législation et de son application. Une diffusion via Steam ou d’autres plateformes ouvertes est envisagée, afin que l’œuvre puisse être vue sans barrière financière.

Au-delà de sa portée sociale, Into the Manhole nourrit aussi la recherche menée par l’IMXD Lab sur la grammaire narrative propre à la réalité virtuelle, à la croisée de la création et de l’exploration académique.

À propos de l'auteur

Laval Virtual est avant tout un facilitateur de rencontres. Nous créons des passerelles entre les acteurs de la VR/AR et celles et ceux qui imaginent, expérimentent ou déploient ces technologies. De ces échanges naissent souvent des projets passionnants, portés par des femmes et des hommes qui explorent de nouveaux usages et repoussent les frontières du réel et du virtuel. Ce blog est une manière de raconter ces rencontres, ces expérimentations et ces visions qui participent, à leur échelle, à construire les usages immersifs de demain.