Crédits photos : © Kinethreads
Lauréat de la catégorie XR Devices & Interactions aux Laval Virtual Awards 2026, le dispositif haptique KineThreads, développé au sein du Future Interfaces Group de l’université Carnegie Mellon, a remporté le prix décerné le 9 avril à l’Espace Mayenne. Organisé depuis 28 ans à Laval, le plus grand salon européen de réalité virtuelle et augmentée récompense chaque année les projets XR les plus prometteurs dans une dizaine de catégories. La catégorie XR Devices & Interactions distingue les innovateurs qui conçoivent le matériel à la frontière entre le monde réel et les mondes virtuels.
On peut se téléporter au sommet de l’Everest en VR, et ce sera beau, et ce sera sonore. Mais si on ne sent pas la neige et le vent, ça ne sera jamais tout à fait réel. C’est le point de départ de la réflexion qui a mené à KineThreads, présenté sur scène par sa créatrice, professeure en technologies du divertissement à Carnegie Mellon. « Le toucher est un sens très important qu’on doit adresser, et qui reste sous-exploré », résume-t-elle.
Le projet se concentre spécifiquement sur le retour de force, c’est-à-dire la capacité à simuler le poids, la résistance ou la pression exercée sur le corps. Des dispositifs existent déjà pour les mains, notamment les gants haptiques. L’idée derrière KineThreads a été de transposer ce principe à l’ensemble du corps.
Des robots industriels aux dispositifs grand public
Concrètement, KineThreads se présente comme un gilet équipé de moteurs au niveau de la taille et du dos, reliés par un véritable système de poulies à toutes les extrémités : mains, pieds, tête. L’utilisateur peut ainsi ressentir des forces appliquées partout sur le corps, dans une approche que sa créatrice qualifie de « peu encombrante » pour du retour kinesthésique.
Le dispositif reste léger (moins de 5 kg), rapide à enfiler (moins de 30 secondes) et nettement moins coûteux que les exosquelettes rigides traditionnels, qui se chiffrent en milliers de dollars. KineThreads, lui, revient à environ 400 dollars.
La créatrice du projet vient d’un parcours en robotique, avec une expérience de terrain sur des systèmes industriels. Un souvenir a marqué un tournant dans sa carrière : « J’ai construit mon premier dispositif haptique, et quand j’ai vu des gens l’essayer, ils ont commencé à rire et à s’amuser avec. Ça m’a vraiment donné envie de continuer à travailler sur des dispositifs tournés vers les gens. » Une philosophie qu’elle résume en quelques mots : la robotique doit rester orientée vers l’humain. Derrière la rigueur scientifique, le développement du projet a aussi son lot d’anecdotes. Pour trouver le câble adapté au système de poulies, capable de supporter une force suffisante sans blesser l’utilisateur, l’équipe a acheté une vingtaine de bobines de fils et de câbles différents, pour les tester un par un en tirant dessus. Le gagnant : un nylon tressé de pêche, résistant à 80 livres.
Une démarche résolument open source
Le projet, qui est aussi l’un des travaux de thèse de doctorat de sa créatrice, est entièrement disponible sur GitHub. Un choix revendiqué : quatre projets sur cinq développés par la chercheuse sont open source. « Je suis chercheuse. Je sais que seule, je ne vais pas trouver la meilleure solution possible. J’essaie vraiment de mettre en open source tout mon travail. Je veux que les gens le construisent et l’améliorent. »


