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XR France : dans les coulisses d’un réseau qui grandit

À l'occasion de Laval Virtual Vincent Guigui (Paris XR), Barbara Schiavi (Bordeaux XR) et Thomas Boggini (Rennes XR) ont dressé un bilan sans fard d'une année d'animation de la communauté XR Française.

Crédits photos : © XR France

Ils n’ont pas de budget, pas de statut juridique, et pourtant ils rassemblent des centaines de professionnels, étudiants et passionnés autour d’une technologie qui peine encore à trouver sa place dans le grand public. Barbara Schiavi (Bordeaux XR), Thomas Boggini (Rennes XR) et Vincent Guigui (Paris XR) ont pris la parole lors d’une table ronde pour raconter comment, en un an ou deux, ils ont transformé une envie de partage en quelque chose qui ressemble, malgré eux, à un mouvement.

Des communautés nées dans les bars

L’histoire de chacune de ces communautés commence de la même façon : quelqu’un qui en a assez d’être seul avec sa passion. Thomas Boggini se souvient : « J’avais envie de partager ça avec les gens autour de moi. On a parlé du métavers dans un bar avec quelques personnes, et comme elles étaient aussi enthousiastes, on s’est dit : on remet ça. » Rennes XR était né. Deux conférences par an, entre 30 et 50 participants, et une règle absolue : c’est gratuit, ça le restera. En trois ans, six meetups organisés, 120 participants différents, zéro euro dépensé.

À Paris, Vincent Guigui a relancé une communauté qui existait avant le Covid et avait disparu à ce moment-là. « Les gens étaient tellement reconnaissants. Ils disaient : enfin, je ne suis plus seul à m’intéresser à la XR. » Aujourd’hui, Paris XR accueille 50 personnes chaque mois (le maximum que la salle peut contenir) et les soirées s’étirent régulièrement jusqu’à 23h.

Bordeaux XR est la petite dernière, lancée au lendemain des Laval Virtual de l’an dernier, précisément inspirée par l’exemple rennais et parisien. « On voulait savoir si l’impulsion existait aussi à Bordeaux », explique Barbara Schiavi. La réponse a été sans ambiguïté : 40 personnes au premier événement, et un succès inattendu — notamment la rencontre entre une étudiante et un laboratoire de l’Inria, qui s’est transformée en stage.

Un modèle léger, assumé

Ce qui frappe dans les récits des trois organisateurs, c’est la revendication d’une légèreté organisationnelle. Pas de statut d’association, pas de cotisation, pas de sponsors. « Quand on ne fait pas payer les gens, on ne crée pas d’attentes », résume Thomas Boggini. Cette agilité contraste délibérément avec des structures comme EuroXR, qui existe depuis plus de quinze ans mais dont la mécanique (conférences scientifiques, adhésions payantes, gouvernance formelle) implique un poids administratif que les communautés locales refusent d’endosser.

Le revers de la médaille, c’est que tout repose sur l’énergie personnelle, et parfois le portefeuille, des organisateurs. « On donne du temps, parfois de l’argent », admet Barbara Schiavi, « et la question de la motivation pour continuer se pose régulièrement. » Vincent Guigui, lui, organise des événements mensuels : « À peine l’un terminé, on pense déjà au suivant. Il faut trouver des speakers, des sujets. C’est énergivore, mais le retour du public est tellement fort que ça donne envie de continuer. »

Le plafond de verre

La question du passage à l’échelle supérieure occupe les esprits. Paris XR a déjà expérimenté des formats matinaux en entreprise (notamment dans les locaux d’Unity) pour toucher un public plus corporate, avec un succès réel. Mais pour aller plus loin, il faut de l’argent. Or, facturer les participants semble exclu : le public est composé d’étudiants, de freelances, de salariés qui ne peuvent ou ne veulent pas payer. Quant aux sponsors, ils impliquent une structure légale.

C’est là que surgit l’idée d’une « association chapeau » qui coifferait l’ensemble des communautés locales. XR France, la plateforme Discord et LinkedIn qui regroupe déjà 530 membres et sert de hub national, pourrait jouer ce rôle. Mais les questions pratiques s’accumulent : qui paie l’assurance ? Qui gère les adhésions ? Comment préserver l’agilité qui fait la force du modèle actuel ?

« Il y a aussi des enjeux de responsabilité personnelle », souligne l’un des intervenants. « Quand on organise un événement, c’est notre responsabilité qui est engagée. Une structure associative offrirait un cadre. »

Un écosystème XR qui s’étoffe

Au-delà des trois communautés représentées sur scène, Vincent Guigui a rappelé que l’écosystème s’est considérablement densifié : Lyon XR, WebXR, Nantes XR, Lille XR… Chacune avec son format propre. Lille XR ? Juste un afterwork, pas de présentation, cinq à dix personnes autour d’un verre. « Il n’y a pas de modèle universel », conclut Guigui. « On s’adapte à ce que le public local veut. »

Et si quelqu’un dans la salle avait envie de lancer sa propre communauté ? Le message est simple : « Postez un rendez-vous sur LinkedIn. Précisez l’heure, l’endroit. Et venez. Le reste suit. »

La table ronde s’est tenue le 9 avril 2026 à Laval Virtual suivi d’un afterwork réunissant les membres des communautés XR France, du CNXR (Conseil National de la XR), et WIIT (Women in Industries of Tomorrow).

À propos de l'auteur

Laval Virtual est avant tout un facilitateur de rencontres. Nous créons des passerelles entre les acteurs de la VR/AR et celles et ceux qui imaginent, expérimentent ou déploient ces technologies. De ces échanges naissent souvent des projets passionnants, portés par des femmes et des hommes qui explorent de nouveaux usages et repoussent les frontières du réel et du virtuel. Ce blog est une manière de raconter ces rencontres, ces expérimentations et ces visions qui participent, à leur échelle, à construire les usages immersifs de demain.