Crédits photos : ©WAVY
Lauréat de la compétition #ReVolution aux Laval Virtual Awards 2026, le dispositif haptique WAVY, développé par le CEA List, a remporté le prix décerné le 9 avril à l’Espace Mayenne. Organisé depuis 28 ans à Laval, le plus grand salon européen de réalité virtuelle et augmentée récompense chaque année les projets XR les plus prometteurs dans une dizaine de catégories. La compétition #ReVolution, réservée aux laboratoires de recherche, universités et départements R&D, distingue cette année un gant connecté qui pourrait combler l’un des derniers angles morts de l’immersion : le sens du toucher.
Voir et entendre en réalité virtuelle, on sait faire depuis longtemps. Sentir, beaucoup moins. C’est précisément à cette problématique que s’attaque WAVY (Wearable hAptics for Virtual realitY), un projet porté par une équipe de six chercheurs du CEA List à Palaiseau, au sein du laboratoire des interfaces sensorielles et ambiantes.
Le projet est né d’une rencontre presque fortuite. Un artiste souhaitait explorer la création d’un lien intime avec un avatar et cherchait un dispositif capable de restituer cette sensation. Aucun ne convenait sur le marché. L’équipe du CEA List a alors commencé à concevoir son propre gant, capable de délivrer plusieurs types de retours haptiques de façon réaliste, en s’appuyant sur les sens visuel et auditif pour amplifier l’expérience.
Un défi vieux de 40 ans
Le défi technique est de taille. La recherche sur l’haptique en VR remonte aux années 1980, mais elle s’est longtemps concentrée sur des solutions isolées : soit des exosquelettes rigides, précis mais lourds et coûteux, soit des gants vibrotactiles simples, légers mais limités à des vibrations basiques. Peu de dispositifs parviennent à combiner retour kinesthésique (la sensation de force et de résistance) et retour cutané (texture, contact) dans un objet portable, abordable et confortable.
WAVY propose une réponse originale : un mécanisme de freinage actif par lubrification, piloté par des actionneurs piézoélectriques. Le principe consiste à réduire la friction entre deux surfaces grâce à des vibrations ultrasoniques, ce qui permet de générer des effets résistifs, visqueux ou texturés, selon l’intensité appliquée. Implémenté sur trois doigts, ce système restitue un retour de force lors de la flexion, avec des performances qui dépassent les résultats publiés jusqu’ici dans la littérature scientifique : jusqu’à 95 % de réduction de la friction, pour une force contrôlable et reproductible entre 0,24 et 2,65 newtons sur le premier prototype portable.
Ce mécanisme se combine à un moteur du commerce pour simuler une pression sur la paume, comme un battement de cœur ou la poignée de main d’un avatar, et à des actionneurs vibrotactiles répartis sur la paume et deux doigts pour produire une large variété de sensations. L’équipe a aussi exploité des illusions sensorielles, notamment le mouvement apparent, pour amplifier les effets vibrotactiles avec un nombre limité d’actionneurs, tout en créant l’illusion d’un mouvement continu sur l’ensemble de la main.
L’expérience proposée au public et au jury de Laval Virtual plonge l’utilisateur dans une ambiance égyptienne, où le dieu Sobek guide une âme à travers son passage vers le monde spirituel. Cœur qui bat, contact avec des insectes, interactions tactiles diverses : le dispositif a été conçu, testé et affiné tout au long d’un cycle itératif impliquant artistes, partenaires du consortium et testeurs externes, jusqu’à obtenir un design modulaire, compact, adapté à différentes tailles de main et visuellement abouti.
Du laboratoire à la création
Mais WAVY ne s’arrête pas au prototype de laboratoire. L’équipe a développé des modules de communication et une intégration native avec Unity, permettant à des créateurs sans compétences avancées en programmation d’ajouter facilement du contenu haptique interactif à leurs propres scènes. Une décision qui élargit d’emblée le champ d’application du dispositif, de la simulation chirurgicale maxillo-faciale à la création artistique, en passant par l’éducation.
Le prix #ReVolution récompense chaque année le projet de recherche le plus prometteur, avec à la clé une invitation à exposer au SIGGRAPH, la grande conférence mondiale de l’infographie et des technologies interactives, qui se tiendra cette année à Los Angeles en juillet. Une vitrine de choix pour une technologie née d’une question simple : et si la réalité virtuelle pouvait enfin se faire sentir ?


