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Santé, IA, VR : éthique et perspectives au West Data Festival

Le West Data Festival s'est déroulé au Laval Virtual Center

Crédits photos : Laval Virtual

Le 5 et 6 février, le West Data Festival, organisé par Laval Mayenne Technopole, s’est installé dans les locaux du Laval Virtual Center pour deux jours autour de l’intelligence artificielle. Des conférences, des démos, des pitchs et des ateliers permettaient d’entrevoir les usages de l’IA dans plusieurs secteurs d’activité, dont celui de la santé. C’est un des domaines où les nouvelles technologies ont le plus à offrir (télémédecine, opération à distance, manipulation moléculaire…). Le West Data Festival a permis d’avoir un premier regard sur tous ces usages, ainsi que leurs limites.

Beaucoup de questions naissent lorsque l’on parle d’exploitation de données dans le domaine médical. Quels usages sont possibles ? Comment peut-on améliorer le travail des docteurs ? Comment peut-on soulager l’expérience du patient ? Quels sont les cadres de réglementation ? Plusieurs conférences lors du West Data Festival ont commencé à répondre à ces problématiques. Le sujet est si vaste que la première journée du festival y était entièrement consacré. Le mercredi 5 février, des entrepreneurs du domaine médical et des technologies ont dressé un aperçu de l’usage de l’intelligence artificielle dans la santé.

Les bienfaits des nouvelles technologies pour la santé

Une étude récente du MIT explique que l’intelligence artificielle pourrait “re-humaniser” les soins de santé. Les résultats de cette recherche indiquent que les médecins passent trop de temps à faire des tâches administratives. Cela retarde la prise en charge du patient et réduit les interactions entre lui et le patricien. Des outils d’intelligence artificielle sont déjà mis à l’épreuve pour l’analyse de données, le diagnostic et les prévisions de traitement et l’allègement administratif des équipes médicales. L’effet de l’AI est déjà là !

L’intelligence artificielle pour “expliquer l’inexplicable”

Lors de la première journée du West Data Festival, David Gruson de l’entreprise Jouve a donné quelques exemples de l’usage de l’intelligence artificielle dans la santé. Pour lui, le secteur le plus prometteur et avancé est celui de l’ophtalmologie, où les possibilités de l’intelligence artificielle sont les plus notables. Tout d’abord, la reconnaissance d’image par apprentissage, aussi désigné comme le machine learning, permet d’imaginer des applications dans le traitement des problèmes visuels. En effet, un algorithme peut permettre de détecter une pathologie de l’œil. L’intelligence artificielle peut aussi aider à détecter des pathologies plus complexes, plus rapidement qu’un œil humain.

L’usage de l’intelligence artificielle s’étend également à des diagnostics plus poussés. L’IA sert en effet dans le traitement contre des maladies graves comme le cancer. Plusieurs études cliniques avancées font état d’outils d’intelligence artificielle qui détectent le cancer de la peau et du colon. L’IA est une approche intéressante pour l’étude du vieillissement, notamment pour trouver des corrélations entre les pathologies, et finalement réussir ce que les diagnosticiens et autres médecins ne peuvent pas toujours faire : “expliquer l’inexplicable”.

Pendant la conférence, David Gruson a présenté un programme développé par Jouve et utilisant l’intelligence artificielle : Know Your Patient. Ce projet vise à automatiser l’admission des patients à l’hôpital et le traitement des documents administratifs. Le but est d’accélérer la prise en charge des malades à leur arrivée aux urgences. Concrètement, comment ça se passe ? Tous les papiers demandés sont posés sur le bureau de l’accueil, et l’employé présent en prend des photos. L’intelligence artificielle va ensuite lire et analyser les documents et constituer le dossier de façon totalement indépendante. Avec ce programme, Jouve s’attache à “mieux positionner les employés médicaux dans l’accompagnement du patient et sa prise en charge”. Know Your Patient est un très bon exemple de l’optimisation de l’IA pour le secteur de la santé. Les technologies immersives sont aussi des outils prometteurs pour les médecins et les patients.

Panorama de la réalité virtuelle dans la santé

Laurent Chrétien, directeur de Laval Virtual, et Nicolas Ribeyre, responsable de la veille technologique, ont dressé un panorama de l’utilisation de la VR/AR dans la santé et ses perspectives. Il faut tout d’abord noter que l’usage de la réalité virtuelle est plus significative que celui de la réalité augmentée. Par exemple, la réalité augmentée peut servir pour l’assistance pendant les opérations. Les applications AR rendent plus accessibles des informations nécessaires aux chirurgiens pendant l’opération d’un patient. La réalité augmentée est intéressante pour la prise en compte de l’environnement réel. Mais ils manquent encore de la profondeur de champ et de la précision dans la superposition car le patient ne doit pas bouger. C’est pourquoi la réalité virtuelle est préférable, pour la présence et l’engagement.

Aujourd’hui, on recense six grandes applications de la VR dans le domaine de la santé. Le premier est la formation pour les internes et les médecins. Le marché de la formation est en plein essor dans tous les secteurs d’activité. La santé n’y échappe pas, les professionnels profitant ainsi de la possibilité de répéter les gestes et les procédures et s’entraîner aux outils à l’infini. La réalité virtuelle accompagne les médecins également sur le diagnostic. Elle peut permettre de détecter des maladies neuro-dégénératives le plus tôt possible. Une recherche de l’Université de Cambridge en Angleterre fait part des espoirs de la VR pour identifier plus rapidement la maladie d’Alzheimer.

Pour les patients, la réalité virtuelle est un outil d’abord un outil de thérapie. Elle est notamment utilisée pour soigner les phobies mais aussi toutes formes de maladie mentale (anxiété, autisme, schizophrénie). Les scénarios virtuels mettent les patients en situation pour qu’ils affrontent leurs peurs ou leurs symptômes afin de mieux les appréhender et les contrôler dans la vie réelle. De plus, des programmes de bien-être en réalité virtuelle existent aussi, pour soulager la douleur pendant les examens médicaux ou pour contrer l’ennui lors d’un long séjour à l’hôpital. Le dispositif Bliss, né en Mayenne, est l’exemple qui vient naturellement car pionnier en la matière.

Outre ces quatre usages qui sont, on peut l’affirmer, installés dans le processus médical, on observe d’autres bénéfices qui émergent progressivement. D’une part, la rééducation des paraplégiques et tétraplégiques par réalité virtuelle est devenue possible. Placés dans un environnement numérisé, les patients devaient déplacer leur avatar et leurs membres étaient stimulés par des retours haptiques. La plongée dans un environnement virtuel avec un scénario où ils sont en mouvement permet de restimuler les connexions entre les neurones du patient.

C4X Discovery utilise la VR pour visualiser la complexité des molécules pour aider à la mise au point de médicaments, grâce à la technologie d’Unreal Engine

D’autre part, la médecine prédictive, consistant à la manipulation moléculaire pour la conception médicamenteuse. Pour cette application, l’intelligence artificielle se couple avec la réalité virtuelle. En associant les deux technologies, le délais de création d’un médicament passe de 4-5 ans à 12 mois. Les médecins peuvent aussi s’en servir pour la conception de dosages de médicaments adaptés à des profils de personnes. Une perspective sur laquelle réfléchissent les équipes de HCS Pharma. Grégory Maubon a en effet expliqué la volonté d’utiliser l’assistance AI dans le futur pour faire les bonnes interprétations le plus rapidement possible et choisir le bon traitement pour chaque patient. De manière général, AI et VR sont intimement liées. À l’avenir, l’ensemble des données générées par la réalité virtuelle (mouvement des yeux, émotions, biométrie) pourront accélérer le diagnostic et la rééducation grâce à l’intelligence artificielle. Mais quid de l’utilisation de ces données personnelles ?

Encadrer l’usage de l’IA dans le milieu médical

La protection des données était sur toutes les lèvres lors du West Data Festival. Beaucoup de conférences portaient sur le sujet de l’éthique de l’intelligence artificielle. En Europe, de facto en France, l’innovation dans la santé est un enjeu de solidarité majeur, au vu des Etats-Unis où les projets se développent plus rapidement. Mettre en place ces solutions sur le territoire national est devenu essentiel. Cependant, l’utilisation des données personnelles se doit d’être régulée, encadrée. La France est un Etat de droit, ce dernier étant le principe structurant. L’intelligence artificielle n’échappe pas aux lois.

En Europe aussi, l’enjeu de protection est grand. Claire Behar et Céline Frisch d’Excelya ont levé le voile sur les régulations qui existent en France et en Europe concernant la protection des données. En France, la loi sur la protection des données personnelles est entrée en vigueur en 2009. Elle régule l’utilisation de ces dernières et donne les formalités nécessaires pour le traitement de données de santé. Généralement, il y a tout d’abord une contrainte de temps dans la conservation de ces données. La personne physique doit aussi savoir à quoi vont servir ses informations personnelles. Dans le règlement, il est également stipulé qu’il peut s’opposer à cette conservation et demander un droit d’accès aux données transmises à n’importe quel moment.

Plus récemment, en 2016, le RGPD (le règlement général sur la protection des données), voté par la commission de l’Union Européenne, a durci ces réglementations. Il introduit un principe de responsabilité pour les structures récoltant des données personnelles. Par ailleurs, il durcit les sanctions et propose la portabilité. C’est-à-dire que n’importe quelle personne peut récupérer ses données personnelles qu’il a transmis à un organisme.

De la même manière, la loi bioéthique encadre l’utilisation de l’intelligence artificielle. Dans le cadre du projet Know Your Patient évoqué plus haut, Jouve a instauré une “Garantie Humaine Algorithmique”. Cela veut dire qu’il y a une supervision de ce que fait l’IA au fil de l’eau. On informe d’abord le patient que la structure de santé a recours à l’intelligence artificielle. Par ailleurs, il y a toujours une supervision humaine dans la saisie d’informations sur le patient. Plusieurs régulations sont donc en place, et l’évolution et les progrès de l’intelligence artificielle amèneront à l’avenir à redéfinir des cadres, notamment avec l’apparition des assistants virtuels. Des questions qui nourriront peut-être une prochaine édition du West Data Festival !

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À propos de l'auteur

Rédactrice de contenus à Laval Virtual. Obnubilée par les adverbes et la ponctuation, les synonymes et les mots-clefs sont mes guides au quotidien. Chasseuse de cas d'usage inspirants sur la VR/AR et les techniques immersives.
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